Semaine du 45 au 49, par Charlie 283671

Jour 45

Il a vraiment une case en moins ce pauvre Christopher! Il me fait tout le temps marrer en cours, et c'est super souvent involontaire. Ce pauvre garçon à la peau tachetée n'arrive pas à comprendre pourquoi notre enseignement est théorique. Il dit souvent que de là où il vient, les gens n'apprennent pas beaucoup les choses dans les livres ou dans les télimages ( d'ailleurs il n'y en a pas beaucoup là bas, il sait à peine s'en servir, c'est trop marrant de le voir pendant 10 minutes chercher le programme de travail de la journée en faisant une tête de bête perdue). Il me raconte qu'ils préfèrent le terrain là bas. C'est vraiment trop nul.

Je suis la seule ici à l'école à savoir qu'il vient de la plaine, il a fait croire aux gens du pôle éducation, professeurs compris, qu'il venait d'une des républiques soeurs. Il fait super gaffe à cacher son identité secrète, pour pas que les autres ne le détestent pas plus qu'aujourd'hui. Toute cette histoire me fait penser à cette chanson que j'écoute tout le temps sur mon télimage, celle qui raconte la vie d'un agent secret de la préhistoire infiltré à l'ouest. Linus s'était moqué de moi la dernière fois car il trouve cette chanson stupide (un peu comme toute celles des télimages dailleurs, il a jamais rien compris à la musique celui là).

Maman commence vraiment à me souler. J'vaias super envie de m'acheter une robe, le genre de celle qu'avait la chanteuse du groupe Smashies dans leur dernier clip qui passe en ce moment sur les télimages. Elle m'a dit qu'elle était trop chère. Trop chère! 130 balles pour une robe qui me rendrait célèbre dans toute l'école elle trouve ça trop cher. De toute façon j'ai l'impression qu'elle fait tout pour me mettre des bâtons dans les roues, elle a même pas envie que je sois belle pour aller en cours.

Jour 46

Je déprime vraiment à chaque fois que maman rentre à la maison, elle tire toujours une tronche pas possible. Je n'ai pas l'impression qu'elle soit aussi heureuse à son travail qu'elle le dit. D'un autre coté, pourquoi nous mentirait elle, quel serait l'intérêt. Je m'en fiche moi de son travail, j'aimerais juste bien qu'elle fasse un peu moins la tête tout le temps, qu'elle fasse un peu plus attention à moi. Elle est triste parce que ses deux fils préférés sont partis de la maison, et qu'il ne reste que moi, qui ait moins de projets dans la vie qu'eux. Mais je m'en fous de faire carrière moi, je veux juste être une simple institutrice, je n'ai pas envie de travailler comme une tarée, juste de faire un job qui me plait, point barre. J'en ai parlé la dernière fois avec Clarisse, ce métier suffit à bien vivre, elle est au quatrième grade, ça permet sans aucun problème d'avoir une bonne maison dans les quartiers résidentiels de la ville, et puis je ne ressent pas le besoin de vivre comme un pacha. Mon dieu, je dois arrêter de traîner avec Christopher, si ça continue je vais finir comme lui, à vivre dans un taudis sans rien connaître à la mode.

Jour 47

Ca a failli être trop la honte aujourd'hui pour moi... J'en avait marre de traîner tout le temps avec Christopher ou avec ces chipies, je voulais être un peu avec les autres pour une fois, parce que si on ne fait pas gaffe, on devient très vite une fille moyennement populaire. Je me suis donc assise à coté d'un groupe de filles. Je n'avais pas vu que parmi elles, il y avait 88 981547, une sale gamine gâtée qui tient la dragée haute à tous les garçons de l'école, et elle n'a pas trop apprécié le fait que je vienne m'asseoir à coté de sa petite meute en jupe. Elle s'est mise à sortir devant toutes les autres : « Vous voyez, la différence entre Charlie et moi, c'est que moi toute l'école veut sortir avec moi, et que Charlie, bah... elle passe son temps avec un abruti ridicule en esperant qu'il décolera un jour ses yeux de mon beau visage. » Je ne savais plus quoi dire, j'étais foutue, lorsqu'un garçon passa, plutôt beau mec, qui m'a sauvé en me disant bonjour avec et petit sourire, comme si j'étais la seule assise à cette table.

J'ai été trop choquée dans le train en rentrant de l'école tout à l'heure. Il y avait des types dans le métro, des mecs qui ressemblaient à Christopher, tous pouilleux dans des habits rapiécés. Ils n'arrétaient pas de parler de Monrded. Ils critiquaient tout, c'était vraiment n'importe quoi, critiques par ci, insultes par là, c'étaient vraiment des mecs trop nuls. J'ai honte de me dire que le gars avec qui je traîne est un peu comme eux...

Jour 48

Le groupe de filles avec qui je traîne ne comprend pas pourquoi je passe du temps avec Christopher. Elles me disent que depuis que je les connais, je n'ai plus besoin de me servir de lui comme bouche trous. Ce matin, l'une d'entre elle a même quitté la table en plein repas parce que j'avais osé parler de lui. Le pire, c'est qu'elle ont raison sur beaucoup de points à son sujet, parfois, je me demande même pourquoi je passe du temps avec lui. Il n'a rien à voir avec moi, il a des manières d'homme préhistorique, il ne parle pas beaucoup, il ne partage aucun de mes goûts, il n'aime pas s'habiller, porte toujours les mêmes fringues, et en plus, il ne connaît pas la musique d'ici, il dit aux autres qu'il n'en écoute jamais, et quand il est avec moi, il dit qu'il préfère celle de la plaine. Je le laisse sans doute passer du temps avec moi parce que mon père doit être un peu comme lui.

Il me fait marrer, il n'arrête pas d'arriver en retard en cours. Les profs sont consternés lorsqu'il arrive après une demi heure et qu'après un bon quart d'heure d'explications débiles sur les raisons pour lesquelles il s'est pour la énième fois trompé de tramway, il va s'asseoir devant sa chaise pendant que la moitié de la classe se moque de lui (seulement la moitié, les autres dorment généralement).

Jour 49

Ca me soûle ces dîners en famille. J'ai voulu partir ce matin pour aller voir mes copines au centre commercial, mais je suis obligé de passer la journée avec eux. J'ai demandé à Linus si je pouvais partir (j'étais sûre que maman refuserait), il m'a disputé, et m'a dit que j'étais trop égoïste. J'en ai vraiment marre, on en fait toutes les semaines des repas comme ceux là, c'est toujours, les mêmes, ils parlent de leur boulot sans intérêt, j'ai eu le droit à tout, les problèmes de retards de commande pour Linus, les voyages trop nombreux pour Pierre ainsi que la nourriture en poudre qui n'a aucun goût, et Jean et ses problèmes sur la vie de je sais plus quoi dont tout le monde se fout.

Je crois que j'adore tout dans cette ville, les magasins où l'on trouve tout, l'école qui m'assure un super futur, tout à l'exception des habitants.

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