Semaine du 45 au 49 année 67, par Rod Kjonaas

Jour 45

Salut journal de bord! Bon, je crois d'abord que je te doit de sincères excuses. Ça fait un bon petit bail que je ne t'ai pas écrit. J'ai été tellement pris par le boulot, et surtout par la culture des plantes en milieu naturel, que je n'ai eu le temps de rien faire, zéro, nada. Enfin bon, me voilà en train de faire ma petite commission écrite, au milieu de tout ce sable que j'ai bien du mal à faire verdir. Je bosse sans pause en ce moment, moi qui ait tout le temps été le bon vivant de cette ville, je dois bien frôler les 80 heures de boulots divers par semaine. Je sens que si ça continue comme ça, je vais être le seul habitant de Rêcha à mourir d'une crise cardiaque!

Je me permet de ne pas aller aux serres cette semaine, ça ne sert à rien de se crever à la tâche, en plus ce n'était pas comme si le désert était en danger, il est déjà mort, j'ai donc tout mon temps pour réaliser mes projets. Je devrait me dire ça un peu plus souvent, et essayer de prendre un peu de bon temps au lieu de travailler comme un mec de la boule. Enfin bon, vu la taille de la tâche à entreprendre, je pense qu'une vie me sera trop courte pour finir quoi que ce soit. Je vais passer un peu plus de temps avec avec Kévin, ça fait pas mal de temps que je ne l'ai pas vu, il se plie en quatre pour que les débuts à l'école de Rosa se passent bien. J'ai bien envie de me détendre devant un bon café noir avec lui.

Jour 46

Qu'est ce qui a foutu la nature dans un tel état? La vieille Edith me racontait quand j'étais gosse à quoi ressemblaient les plantes avant la guerre. Je me souviens de ses descriptions comme si elle me les avait faites hier, surtout le soir où elle m'a parlé du sol, qui était recouvert d'une plante appelée herbe. C'était la plante qu'elle avait le plus de mal à décrire, elle était si simple pourtant m'avouait elle avec son petit sourire malicieux. Douce au toucher, elle gardait une fraîcheur apaisante à tout moment. D'après elle, même le soleil brûlant ne nous aurait pas dissuader de nous allonger dessus, alors que le sable, lui, vous brûle le corps même au milieu des plus longues nuits.

Je n'ai jamais su si cette histoire d'herbe est vraie, où si il ne s'agit que d'un conte de la vieille Edith dont elle seule a le secret. Ce qui est cependant sûr, c'est qu'elle m'a marquée, et même si mon but n'est qu'un conte de fées, il est bel et bien présent dans mon esprit, et je suis bien décidé à faire mon possible pour créer les conditions nécessaires à sa réalisation. Je ne me prend pas pour un Dieu, comme ces apprentis sorciers de la boule qui créent un monde « à leur image ».. La destruction de la nature par l'homme est une réalité, mais c'est cette dernière qui elle seule pourra renaître de ses cendres. Moi je ne suis qu'un tuteur, un marche pied. Elle, elle est forte, elle se remettra sans moi. J'essaie juste d'écourter un chaos qui était inévitable.

Jour 47

Je n'ai jamais vu d'animaux, la plupart sont morts durant la grand guerre. Quand j'étais gamin, à l'époque où Edith n'était pas la seule à avoir vécu la préhistoire, les gens racontaient souvent qu'à l'époque, même en période de paix, l'homme croyait son salut proche. Pour se rassurer, il se diasait que d'autres espèces vivraient après lui, des plus petites, mieux adaptées à milieu que l'homme aurait par sa bêtise rendu invivable. Il se sont bien sous estimés les bonshommes! Je ne saurait pas trop dire si on est vraiment les derniers, mais on leur a vraiment foutu une bonne raclée aux autres, comme ça, gratuitement.

Je me demande la relation que menait l'homme avec l'animal. Ca serait instructif à mon avis de remonter le temps pour voir ça. Je sais qu'on les bouffait les bougres (ça me fait toujours un peu bizarre de penser à ça, j'ai toujours un peu de mal à conceptualiser le meurtre comme instrument de plaisir, et que des banquets autrement plus flamboyants que ceux que j'organise ici aient pu avoir comme toile de fond le retrait de la vie). Mais comment l'homme traitait des êtres vivants qui lui étaient semblables au niveau physiques mais dont la force était à tout point de vue inférieure? Kévin décrit toujours dans ses « discours » la société préhistorique comme répondant inconsciemment à la loi du plus fort, et que celle ci devenait dans certains cas la justifications des pires actes barbares. Je me suis souvent endormi en l'écoutant parler de la préhistoire, mais je devrait lui poser cette question de la relation à l'animal.

Jour 48

Je n'ai pas pu m'empêcher de faire ma visite hebdomadaire des serres d'Alcane ce matin à l'aube. C'est pas dans mes habitudes, je devais aller voir le médecin de Maman pour signer des formalités à la con dans la boule, mais l'idée même de rentrer là dedans et de voir des infirmières la garder en vie pour je ne sais quelle raison, elle qui ne reconnaît même plus son fils unique, m'a donné envie de vomir.J'ai juste envoyé un message via télimage pour ne pas y aller. C'est dégueulasse, je sais, mais je n'arrive pas à m'y résoudre. Je voulais faire quelque chose de constructif pour me pardonner, et surtout oublier.

Les mecs d'Alcane sont des petits plaisantins. Ils se croient fins en me balançant leurs petites reflexions sur ma manière de travailler. Je suis persuadé qu'ils me prennent pour un imbécile heureux. Malgré tout, même si leur vision de la nature diverge de la mienne, je dois avouer que ces types sont tout bonnement excellents, techniquement parlant. Ce sont eux qui m'ont tout appris, j'en était même arrivé à un point durant mon adolescence ou je les vénérais presque. Ils ont tellement fait pour la région. La mortalité due aux intoxications alimentaires en tout genre a été quasiment anéantie grâce à la construction des serres. Cependant, depuis que j'ai commencé à développer ma théorie de l'indépendance de la nature vis à vis de l'homme, je suis devenu la risée du monde biologique. L'idée de recréer une nature artificielle, bien qu'elle ait surement sauvé notre communauté à certains moments de notre existence, est vieille comme Monrded, et ils n'ont fait que singer ce qui se fait dans la boule; Un jour viendra où le monde verra notre ville comme le précurseur d'une révolution sans précédent dans le domaine de la survie des plantes, et quand ce jour viendra, notre mode de vie deviendra un peu plus compréhensible pour tout.

J'ai rencontré Kévin cet après midi après ses cours. Naïs était là aussi, elle a fermé la boutique plus tôt exprès. Nous sommes allés boire un café chez moi, ça m'a donné l'occasion de leur parler un peu, ça faisait un bail qu'on s'était pas vu tous les trois. Il sont toujours aussi enjoués et pleins de vie qu'avant. Kévin à l'air pleinement remis de la mort de Sonia. Il n'en parle presque plus. Quand il fait allusion à elle, il se contente de parler des bons souvenirs, c'est plus constructif que l'état dans lequel il était il y a 5 ans. Il ne parle presque plus de ces soit disants théories de la collaboration passive de Rêcha envers Monrded et d'autres conneries politiques qui lui rongeaient son temps.

Il a repris une vie normale maintenant. Rosa devient une vraie petite demoiselle, la plus intelligente que je n'ai sûrement jamais vue, elle me bluffe à chaque fois que je la vois. Il faut dire que son père n'y est pas non plus pour rien, il la stimule en permanence. Si il a le même comportement avec ses élèves, Rêcha deviendra sans doute la ville de la plaine avec la concentration d'historiens la plus grande!

Jour 49

Grand rush de la semaine. Tu parles d'un marathon, je me demande à chaque fois en fin de journée comment j'ai fait pour nourrir autant de personnes. Mais ce jour reste toujours le plus sensationnel, sans doute parce que c'est là où je me rend compte que j'ai un rôle dans cette ville. La nourriture a un effet étonnant sur les gens. Je m'amuse toujours à les voir se goinfrer ses les grandes tables de mon restaurant. Les conflits et les tracas de la semaine s'envolent, et les gens se réconcilient autour d'un bon verre de vin.

Les hommes sont souvent pessimistes concernant leur sort. Ils se plaignent en permanence, on les manipule, on les martyrise, on les exploite. Ils veulent en tout remettre en cause, et se créent des malheurs en permanence, et quand bien même quelque gouvernement bienveillant voudrait leur bien, ils l'accuseraient de vouloir les endormir dans un prétendu bonheur. Moi tout ce que je vois, c'est que la vie vaut la peine d'être vécue, et c'est sans doute ça le plus important. Le reste, c'est de la merde.

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